Critique Théâtre

Pharaon, Akhenaton le maudit de Alexandre Delimoges : notre avis

Pharaon, Akhenaton le maudit

La pièce de théâtre "Pharaon, Akhenaton le maudit" transporte le public dans l’Égypte antique avec une immersion captivante dans la vie d’Akhenaton. Incarné brillamment par Alexandre Delimoges, le spectacle offre une plongée intime dans les réflexions spirituelles et philosophiques du pharaon. L’action se déroule dans l’antichambre du pharaon, où Akhenaton, âgé de 27 ans, fait le bilan de ses 14 années de règne. Dans un décor minimaliste, avec seulement trois caisses en bois massif, Akhenaton partage ses doutes, ses joies et ses peurs avec un esclave pour seule compagnie. Il se vante de sa révolution religieuse en introduisant le monothéisme et le culte d’Aton, défiant ainsi le polythéisme traditionnel.

Et si vous replongiez dans l’ère de l’Égypte antique ? Et si vous vous découvriez le temps des pharaons ? Et si vous pouviez passer du temps avec un pharaon ? Et si tout cela était possible, grâce à Alexandre Delimoges ? "Akhenaton, la dernière heure d’un pharaon" vous replonge dans le monde de l’histoire antique, bien avant Rome, la Grèce et la chrétienté. Alexandre Delimoges nous offre un spectacle historique où le public a la chance de découvrir et entrer dans l’intimité d’Akhenaton pendant une heure, avant que tout ne change.

Ce biopic historique se déroule dans l’antichambre du pharaon où on le rencontre seul, avec un esclave qui agite un grand éventail, et ayant pour seule ambiance un décor de 3 caisses en bois massif et pour bruit de fond, le chant du vent qui souffle dans le palais. Akhenaton est alors âgé de 27 ans, dont 14 années sur le trône d’Égypte, marié à ses 13 ans à la somptueuse Nefertiti avec qui il a eu, entre autres, Toutankhamon. Il nous fait part de ses réflexions spirituelles, philosophiques et religieuses, une sorte de bilan personnel de ce qu’il a accompli jusqu’ici voire une remise en question. Il se vante du courant religieux révolutionnaire qu’il a mis en place : le monothéisme et le culte d’Aton, à la place du polythéisme. Il lui a même créé une ville "Akhetaton", qu’il oppose à la mythique vallée des rois, berceau des pharaons.

Akhenaton apparaît comme un personnage tantôt rieur, tantôt mélancolique, soucieux de sa situation et de son nouveau culte qui ne lui apporte pas que des fidèles mais aussi des contestataires, notamment les prêtres de l’ancien polythéisme à qui il a enlevé des privilèges. Le pharaon voue sa vie au Dieu Aton et se plaint de ne plus l’avoir entendu lui parler depuis la veille. Avec ce changement de culte, il ne s’agit pas seulement de religion mais également de radicalisation de l’art : "Changer l’art fait partie de ma révolution spirituelle". Selon lui, l’art doit également servir son Dieu en arborant de la vie, de la lumière; il veut le bouleverser non pas avec des artisans mais avec des artistes.

Le conseil des ministres approche et il nous confie ses doutes et ses soupçons face à une destitution possible. Alexandre Delimoges incarne tous ces traits à la perfection : les lamentations, les peurs, les craintes, être obligé d’assister à sa chute sans pouvoir rien faire, de la trace qu’il va laisser après son départ : "que va-t-on dire de moi ? Que j’étais fou car roi?" Il nous parle en toute intimité, avec un regard fragile, se questionne, nous interroge. Il incarne véritablement un pharaon à la veille de sa décadence, pour qui on aurait de la compassion.

Il n’utilise pas d’artifices, pas de costume somptueux, pas de décors en or, non. Il nous présente un personnage simple, émouvant, vêtu uniquement d’un drapé blanc et pieds nu. Seule la version courte est exploitée sur scène, vous avez la possibilité d’en apprendre plus dans le livre qui vous sera vendu à la fin de la séance. Historiquement, les chercheurs se sont rendus compte que les traces d’Akhenaton et Nefertiti avaient disparu, on se demande pourquoi ? Il y a un regain d’intérêt pour ce pharaon depuis peu, d’où l’inspiration d’Alexandre Delimoges. Il met en scène les oubliés de l’histoire comme des figures emblématiques, on pense à son autre spectacle également seul en scène : "Eiffel, en fer et contre tous". Dans tous les cas, si vous êtes passionné d’histoire, de religion où d’art antique, cette prestation vous bouleversera et vous instruira comme ce qui fut le cas pour nous. Venez vivre une histoire passionnante, émouvante, sobre et épurée !

Note moyenne
4,3/5 (2 avis)

Autres avis de la rédaction

Mathilde Pallon5,0/53/09/2026

Un pharaon au bord du basculement

Revu cette année, Akhenaton, la dernière heure d’un pharaon conserve toute sa puissance. Alexandre Delimoges semble même pousser plus loin encore la folie douce, puis inquiétante, de ce pharaon qui se présente presque comme un « fou de Dieu ». Par moments, il a quelque chose d’un enfant malicieux, capricieux, persuadé d’avoir raison contre tous. Puis le rire se déforme, le regard se perd dans le vide, la parole s’emballe. Est-il en train de devenir fou ou révèle-t-il enfin son vrai visage ? Sur scène, quelques éléments nouveaux viennent densifier l’espace : à droite, un support accueille la couronne d’Égypte antique, assemblage symbolique de la Haute et de la Basse-Égypte ; autour de lui, du mobilier, des boîtes noires, des tablettes ornées d’hiéroglyphes. Le décor reste sobre, mais il suffit à faire sentir le poids du pouvoir, de l’héritage et de l’Histoire. Akhenaton parle à son Dieu, face à nous, comme si nous étions les témoins directs de son dernier basculement. Depuis la veille, Dieu ne lui répond plus. Lui garde la foi, intacte, presque brûlante. Mais nous, spectateurs, finissons par nous demander : ce Dieu lui a-t-il seulement parlé un jour ? Le pharaon, lui, s’accroche à sa révolution religieuse, à son art atonien, à cette volonté d’effacer l’ancien monde pour en imposer un nouveau, plus vivant, plus divin, plus proche du peuple.

Les pierres parlent encore

Ce qui frappe encore, c’est la complexité du personnage. Akhenaton n’est pas seulement un homme illuminé. Il est aussi un stratège, un réformateur, peut-être même un humaniste contrarié. En supprimant les prêtres, jugés archaïques, il fait des économies, redistribue, affirme avoir foulé avec Néfertiti « le sol du petit peuple ». Évidemment, comment pourrait-on comprendre ? Dieu ne nous parle pas, à nous. Tout autour de lui semble corrompu, menaçant, prêt à se retourner. Les rats quittent le navire, les doléances de ses sujets ne l’atteignent plus, et le pharaon, peu à peu, se défait. Il perd ses mots, ne termine plus ses phrases, voit sa solitude grandir à mesure que son équilibre vacille. Sa foi, elle, ne cède pas. C’est peut-être même ce qui le rend plus inquiétant encore. C’est là que la pièce devient passionnante : elle nous place à l’instant exact où tout peut basculer, à la seconde fragile où un règne, une croyance et un homme se décomposent ensemble. À la fin, Alexandre Delimoges le rappelle : « l’histoire n’est qu’une interprétation ». Une phrase essentielle pour ce spectacle, tant Akhenaton a été effacé, rasé, presque arraché de la mémoire par ceux qui lui ont succédé. Mais les pierres parlent encore. Les fouilles, les découvertes, l’archéologie continuent de rouvrir ce passé que certains avaient voulu faire disparaître. Et c’est aussi cela que raconte la pièce : l’Histoire n’est jamais totalement morte quand il reste quelqu’un pour la chercher.

Affiche Pharaon
🎭 Le spectacle · Seul·e en scène

Pharaon

📍Théâtre Les Platanes
🕘11:25
📅Du 5 juil. au 21 juil. (8 représentations)
⏱️1h10
👥12+
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Critique rédigée par Mathilde Pallon
19 Juillet 2023 à 19h00

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