Ouverture septembre

Critique Théâtre

Avant l'Automne de Mathilde Partiot : notre avis

Avant l’Automne

Avec Avant l’automne, le Collectif Dans La Peau raconte la jeunesse sous l’Occupation à travers l’histoire intime d’Anne-Marie et Jean, deux jeunes gens pris dans la tourmente de 1943. Inspirée de la vie réelle des grands-parents de l’autrice Mathilde Partiot, la pièce mêle amour, amitié, Résistance, collaboration, différences et secrets enfouis. Sur scène, quatre personnages traversent la guerre sans jamais cesser de vouloir vivre. Une pièce rythmée, sensible, qui rappelle que derrière la Grande Histoire se cachent toujours des destins personnels, fragiles, courageux, parfois brisés.

Au bal perdu, danser pour rester vivant

Au centre du plateau, il y a un lieu : le bal. Ou plutôt Au Bal perdu, cet espace où tout se retrouve, tout se joue, tout transite. C’est là que les quatre jeunes personnages se rejoignent le soir. C’est là qu’ils dansent, se parlent, se cherchent, se cachent. C’est aussi là que passent les messages et les rendez-vous clandestins. Le décor se transforme selon les scènes, mais ce lieu reste le cœur battant de la pièce : bal clandestin, refuge, grange, espace intime, lieu de mémoire.

En fond, revient régulièrement l’air de Bourvil, C’était bien, aussi connu comme Au Bal perdu. Une chanson douce, presque nostalgique, qui donne au spectacle une couleur particulière. Car dans Avant l’automne, danser n’est jamais anodin. Danser, c’est voler quelques instants à la guerre. C’est rappeler que ces jeunes gens, en 1943, avaient eux aussi des rêves, des désirs, une jeunesse à défendre.

Eugénie le dit avec une force simple : « Ma jeunesse ça je me la garde ! » Elle peut accepter de sacrifier ses études, peut-être même une part de son avenir, mais pas sa vie. Face à elle, André défend une autre ligne : rester français, fier, droit, garder la tête haute. « Toutes les guerres c’est l’humanité qui a craqué », dit-il. Pour lui, il faut tout repenser, tout réorganiser.

Entre eux, la tension est immédiate. Eugénie veut survivre. André veut résister. Elle fréquente l’officier Hoffmann, apporte un panier garni à la Kommandantur, traîne derrière elle l’ombre d’un frère collabo revenu en ville. Lui la soupçonne, la juge, la provoque : « on n’est pas tous obligés de cirer les pompes nazis ». Mais la pièce évite les réponses trop simples. Elle montre des choix, des compromis, des arrangements avec la peur. Eugénie se défend : « je veux juste vivre, moi ! » Et cette phrase, dans sa brutalité presque enfantine, dit beaucoup. Car Avant l’automne parle justement de cela : de ce que chacun fait quand l’Histoire serre trop fort. Il y a ceux qui collaborent, ceux qui résistent, ceux qui se taisent, ceux qui s’arrangent. « Les gens ont faim, ils s’ennuient, ils inventent des histoires », entend-on. Mais est-ce que cela justifie tout ? La pièce pose la question sans toujours y répondre, et c’est ce qui la rend intéressante.

La guerre sans les uniformes

Sur scène, il n’y a pas de nazis en chair et en os. Pas d’Allemands visibles, pas d’uniformes installés au centre du plateau. Et pourtant, ils sont partout. Dans les voix que l’on entend. Dans les lampes-torches qui découpent l’espace. Dans la surveillance, la menace, l’interdiction de parler trop fort, de danser trop librement, d’exister trop différemment. Cette absence physique rend leur présence encore plus inquiétante.

Anne-Marie, infirmière, porte cette peur dans son rapport à sa sœur Madeleine. Madeleine est différente, singulière. Anne-Marie le sait : « Si les nazis lui parlent, ils risquent de remarquer sa différence ». Dans cette simple phrase, tout un pan de la barbarie apparaît. La guerre ne s’en prend pas seulement aux résistants. Elle traque aussi tous ceux qui ne correspondent pas aux normes imposées par le Reich.

Jean, lui, a le béguin pour Anne-Marie. Leur histoire d’amour se construit au milieu de tout cela, comme une petite lumière dans un monde qui s’assombrit. Avec André, il participe aussi à la Résistance. Là encore, Avant l’automne mêle l’intime et le politique. Aimer, protéger, trahir, cacher, mentir : tout devient dangereux.

La mise en scène avance avec un vrai rythme. Les scènes défilent presque comme dans un film. Pas de temps mort. On passe d’un rendez-vous clandestin à une scène plus intime, d’un moment de danse à une menace, d’une confidence à un basculement. Les quatre comédiens font vivre cette jeunesse prise dans un étau, entre insouciance forcée et lucidité brutale.

Et puis la pièce rappelle que la Libération ne suffit pas toujours à mettre fin à la violence. La barbarie change parfois de visage, de camp, de justification. Les maquisards se vengent, des vérités cachées remontent, ce que l’on croyait enfoui revient. Eugénie le formule très justement : « Lorsque la guerre vous blesse, c’est pour toujours. ». C’est peut-être là que Avant l’automne touche le plus. La pièce ne cherche pas seulement à raconter la Seconde Guerre mondiale. Elle tente de sauver des visages de l’oubli. Anne-Marie, Jean, André, Eugénie, Madeleine : derrière eux, on pense à tous ces destins anonymes noyés dans la Grande Histoire. À ces jeunes qui ont aimé, dansé, résisté, collaboré, eu peur, eu faim, rêvé malgré tout.

Inspirée d’une histoire familiale, Avant l’automne devient alors un geste de transmission. Raconter pour conserver. Raconter pour ne pas laisser les victimes, les choix, les fautes et les courages disparaître dans le brouillard du temps. Parce que la guerre ne blesse pas seulement les corps. Elle blesse aussi les mémoires.

Notre note
4,5/5
Affiche Avant l'Automne
🎭 Festival OFF 2026 · sur festivaloffavignon.com · Théâtre contemporain

Avant l'Automne

Collectif Dans La Peau

📍CABESTAN (THÉÂTRE LE) — Théâtre Le Cabestan
🕘21h10
📅Du 4 juillet au 25 juillet 2026 (19 représentations · relâche les 9, 16, 23)
⏱️1h15

« Le cri d'espoir de la jeunesse comme réponse à la barbarie. Inspiré de faits réels. »

Distribution
Auteur·ice : De Mathilde Partiot
Rémi Palazy - Mise en scène Magdi Haddaoui-Gonzalez - Interprétation Cécile Heintzmann - Interprétation Marina Ocádiz - Interprétation Quentin Perriard - Interprétation Sébastien Husson - Lumière Aloïs Genestier - Régie Cécile & Marina - Direction Pierre Doignon - Diffusion Maxence Rapetti-Mauss - L'épinglée Costumes - Collaboration artistique Collectif Dans La Peau - Costumes Rémi Palazy - Création son
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Critique rédigée par Mathilde Pallon
11 Août 2026 à 18h08

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