Critique Théâtre

Ciao ! Contes Italiens de Paul Goulhot : notre avis

Ciao ! Contes Italiens

Avec Ciao! Contes italiens, Paul Goulhot invite le public à suivre Paolo, conteur italien rêveur et un peu maladroit, venu partager deux histoires comme on traverserait deux villages. Entre objets anciens, caméra d’un autre temps et dessins animés projetés, le spectacle mêle fantaisie, mémoire et transmission. L’univers est tendre, sincère, parfois très charmant, et semble s’adresser avant tout au jeune public. Les enfants pourront y trouver une jolie porte d’entrée vers l’Italie, le conte et l’Histoire, tandis que les adultes devront plutôt l’aborder comme une proposition simple, artisanale et sensible.

Un conteur venu d’ailleurs

Au début, quelque chose fonctionne immédiatement. Paolo arrive sur scène comme un personnage légèrement pressé, un peu maladroit, haut en couleur, perché sur sa planète. Il semble découvrir le public presque par surprise, comme si cette rencontre n’était pas tout à fait prévue. Ce décalage apporte une fraîcheur bienvenue.

Autour de lui, le plateau ressemble à un grenier ouvert : bouilloire, panier, chaudrons, métier à broder, objets d’un autre temps. On pense à une brocante, à un vide-grenier, à ces pièces de maison où les souvenirs s’accumulent sans toujours avoir besoin de s’expliquer. Tout n’est pas forcément lisible, mais l’ensemble crée une atmosphère. Paolo se présente alors comme un conteur itinérant, venu d’Italie, accompagné de sa fidèle Giulia, une caméra ancienne avec laquelle il traverse les villages pour raconter des histoires et apporter un peu de baume au cœur des gens.

Du merveilleux à la mémoire

La première histoire, Il dragone, nous emmène dans un univers fantastique, coloré, peuplé de dragon, de fées et de magie. Les images projetées sur un grand tissu blanc ont quelque chose d’un vieux dessin animé, naïf et merveilleux. Paolo les accompagne, les commente, les fait avancer par sa voix. Cette partie parle clairement aux enfants : elle est simple, imagée, presque disneyenne dans son esprit.

La seconde histoire, Fumo Nero, change radicalement de registre. Les couleurs disparaissent, le dessin animé passe au noir et blanc, et l’on quitte le conte merveilleux pour entrer dans l’Histoire. Nous sommes en Émilie-Romagne, pendant la Seconde Guerre mondiale. Paolo explique les choses avec des mots accessibles, sans brutalité inutile, mais sans masquer la gravité du sujet. Il parle de guerre, de peur, de familles menacées, de soldats, de fascisme, de ceux dont les « coutumes ne sont pas moins importantes, mais différentes, donc les gens sont poursuivis ».

C’est sans doute là que le spectacle devient le plus intéressant pour les adultes. Le premier conte divertit, amuse, ouvre l’imaginaire. Le second instruit davantage. Il rappelle que certaines histoires ne relèvent pas seulement du merveilleux, mais de la mémoire d’un pays. Ce n’est plus un simple récit pour faire rêver : c’est une histoire vraie, une période qui a existé, une réalité que l’on transmet. Et l’on en ressort avec le sentiment d’avoir appris quelque chose.

Il faut toutefois aborder Ciao! pour ce qu’il est : non pas une grande pièce de théâtre spectaculaire, mais un conte illustré, accompagné en direct, avec une dimension artisanale assumée. Lorsque Paolo arrive sur scène, la magie opère davantage que lorsqu’il s’efface derrière la caméra. On aimerait parfois que sa présence reste plus centrale, qu’il fasse encore plus vivre les images, qu’il les déborde, qu’il les prolonge. Car c’est bien lorsqu’il est pleinement là que le spectacle respire le mieux.

Mais c’est peut-être justement dans sa simplicité que Ciao! trouve son rôle. Le spectacle vulgarise, explique, rend accessibles des sujets qui peuvent sembler lointains ou difficiles pour les enfants. Il leur parle d’Italie, de conte, de guerre, de différence, de peur et de solidarité, sans jamais les perdre. Fumo Nero, en particulier, devient un support de sensibilisation et d’information auprès du jeune public. À travers le dessin animé et la voix de Paolo, l’Histoire entre doucement dans la salle, avec des mots simples et des images compréhensibles. Ciao! semble donc trouver sa place la plus juste auprès des enfants, notamment dans un cadre scolaire. Le premier dessin animé ouvre une porte vers l’imaginaire ; le second donne matière à réfléchir. Pour un jeune public, la proposition peut être précieuse. Pour les adultes, elle reste plus modeste, mais sincère, portée par un artiste qui aime raconter et transmettre.

Notre note
3,0/5
Affiche Ciao ! Contes Italiens
🎭 Le spectacle · Théâtre

Ciao ! Contes Italiens

📍Théâtre la Carreterie
🕘16:25
📅Du 4 juil. au 25 juil. (19 représentations)
⏱️50 min
👥Tout public
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✍️
Critique rédigée par Mathilde Pallon
3 Septembre 2026 à 16h11

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