Ouverture septembre

Critique Théâtre

Les Glaces de Rébecca Déraspe, Sophie Langevin, Jonathan Christoph : notre avis

Les Glaces

Cette pièce de la metteuse en scène Sophie Langevin nous questionne frontalement : qu’est-ce qu’on fait des choses graves ? Traversant une large gamme d’émotions, le spectacle s’articule autour d’un jeu de lumières rythmant le récit comme les pages d’un livre que l’on tourne. D’une structure à l’autre, le mouvement des personnages s’organise ainsi avec une fluidité vivante, affranchie de toute trajectoire linéaire. On oscille entre culture du viol, masculinité et comment s’emparer d’une accusation de violences sexuelles à travers les générations. On se retrouve face à deux femmes ayant vécu au même âge un viol, l’une plusieurs décennies en arrière et l’autre à présent. À travers le vécu de la seconde, on comprend le récit qui restitue le chemin de la première. Un déroulé très juste de la part des comédien.nes dont le travail mérite d’être relevé.

Les questionnements autour de la justice sont intéressants : y sont dépeintes les chances moindres d’être entendu.e, reçu.e dignement et pris.e au sérieux. Aussi, malgré une présence relative dans le déroulé, la place de la reconnaissance de la douleur est centrale. Ainsi, nous sommes guidé.es vers le sujet de fond : les violences sexistes et sexuelles comme structurelles et systémiques. Ainsi, la pièce nous propose une grille d’analyse pointue : comment le sexisme et les violences s’expriment, comment on le minimise, comment les auteurs ne s’y confrontent pas. En parallèle on retrouve la deuxième personne victime de viol, d’une quinzaine d’années, face à elle-même dans ce commissariat. Sa réaction quant à la violence vécue nous dépeint un personnage qui montre l’évolution des consciences sur la question des VSS (Violences Sexistes et Sexuelles), malgré le recours à l’emprisonnement comme "solution", relevé inefficace voire facteur aggravant par beaucoup de structures féministes.

La puissance de cette pièce épouse subtilité et franc-parler : Le profil sociologique des personnages ainsi que leurs réflexions après un rapport non consenti. A fortiori, on se questionne autour de son propre rapport à la masculinité, comment être plus présent à soi, comment penser le "faire semblant" dans les moments d’intimité comme lors d’un rapport intime, illustré dans la pièce.

Toujours couplée d’un humour fin, la "masculinité positive", dont parlent les deux personnes auteures du viol, revêt alors un aspect cynique : faire semblant de comprendre, vider le sujet de sa substance et en faire un folklore pour éviter à tout prix de prendre acte de ses responsabilités. Là où certains y verraient un "faire exprès", il y a une question autre qui se pense ici : leur rapport au consentement paraît inexistant, sans issue et hors de portée de leur compréhension.

Les "flashs" de l’auteur et la victime du viol se chevauchent et marquent au fil du récit l’évolution de la perception du viol en raison d’un long rapport de force, couplé de sororité au travers de l’histoire.

D’une grande justesse scénique, Les Glaces accomplit le tour de force de comprendre la mécanique des violences systémiques avec un équilibre remarquable entre explicite, humour et délicatesse.

Affiche Les Glaces
🎭 Festival OFF 2026 · sur festivaloffavignon.com · Théâtre contemporain

Les Glaces

Compagnie JUNCTiO

📍11 • AVIGNON — Salle 1
🕘22h30
📅Du 4 juillet au 23 juillet 2026 (18 représentations · relâche les 10, 17)
⏱️1h45

« On fait comment pour punir les choses qui sont trop graves ? »

Distribution
Auteur·ice : De Rebecca Deraspe
Sophie Langevin - Mise en scène Thomas Gourdy - Interprétation Lydia Indjova - Interprétation Francesco Mormino - Interprétation Juliette Moro - Interprétation Renelde Pierlot - Interprétation Bryan Polach - Interprétation Amandine Truffy - Interprétation Jonathan Christoph - Vidéo Jef Metten - Création lumière Rozenn Lièvre - Création son Peggy Wurth - Scénographie Delphine Ceccato - Diffusion Patrick Galbats - Photographie Pierrick Grobéty - Création son
Voir sur festivaloffavignon.com →
✍️
Critique rédigée par Sara
6 Août 2026 à 18h33

Partager