Ouverture septembre

Critique Théâtre

Les Chanteurs d'Oiseaux - Sur les ailes de Darwin de Création collective : notre avis

Les Chanteurs d’Oiseaux - Sur les ailes de Darwin

Et si vous embarquiez pour un voyage autour du monde, comme l’a fait Charles Darwin pendant presque cinq ans ? Partez sur ses traces en compagnie de deux chanteurs d’oiseaux, d’une pianiste et d’un joueur de flûtes en tous genres, et découvrez comment un homme de science a appris à regarder le monde autrement, simplement en observant le vivant. Entre chants d’oiseaux, morceaux de flûte, notes de Chopin au piano et images animées, Les Chanteurs d’oiseaux, sur les ailes de Darwin nous entraîne dans un voyage aussi beau qu’instructif, où la poésie du vivant se mêle aux anecdotes, à l’humour et à l’émerveillement.

En 1831, Charles Darwin embarque à bord du Beagle pour un voyage de presque cinq ans. Après ses études, il part comme homme de science, avec plusieurs casquettes : naturaliste, observateur du vivant, collecteur, curieux de tout. Sur scène, ils sont quatre à nous embarquer dans ce périple : Jean Boucault et Johnny Rasse, les Chanteurs d’oiseaux, Pierre Hamon aux flûtes et aux instruments, et Lidija Bizjak au piano. Une toile de fond accueille des images projetées qui accompagnent le voyage. Le départ vers l’Amérique du Sud se fait sur un air de Chopin. Déjà, le ton est donné : ce voyage sera scientifique, musical, poétique, mais surtout profondément vivant.

Quand la nature s’invite sur scène

Face à nous, deux hommes exceptionnels reproduisent les sons de la nature avec une précision presque troublante. Jean Boucault et Johnny Rasse n’utilisent aucun trucage, aucun dispositif : seulement leur bouche, leur souffle, leur corps. Et pourtant, très vite, on cherche les oiseaux des yeux. Où sont-ils ? Sont-ils cachés quelque part dans la salle ? L’illusion est totale. Nous voilà plongés dans une forêt d’Amérique du Sud. L’immersion est totale : on s’y croirait.

La flûte de Pierre Hamon entre alors dans la danse. Elle dialogue avec les oiseaux, les accompagne, les défie parfois. Qui sera le plus fort ? L’instrument ou le chant ? L’homme ou l’oiseau ? Le spectacle s’amuse de cette frontière. Les deux chanteurs se disputent le récit, se répondent, imitent aussi physiquement les oiseaux, avec une drôlerie délicieuse. Rien n’est pesant, rien n’est professoral. On apprend, mais on rit aussi.

Les Chanteurs d’oiseaux, sur les ailes de Darwin donne des frissons, parce qu’il ne se contente pas de raconter Darwin : il nous fait ressentir ce que peut provoquer l’observation du vivant. Darwin aurait vu plus de trois cents espèces d’oiseaux durant son voyage. Sur scène, cette diversité devient matière à jeu, à musique, à émerveillement. Les anecdotes surgissent au fil de la pièce : les fameux pinsons de Darwin, ces oiseaux que l’on dit derniers représentants des dinosaures sur terre, ou encore cette phrase lancée par l’un des chanteurs : « Ce ne sont pas les oiseaux qui ont peur des hommes, mais les hommes qui ont peur des oiseaux ». Une phrase qui résonne longtemps, tant elle dit quelque chose de notre rapport au vivant.

Entre nature sauvage et nature maîtrisée

Le périple se poursuit entre chants d’oiseaux, flûtes en tout genre, instruments insolites et morceaux de Chopin. Le piano de Lidija Bizjak semble incarner la présence humaine au milieu de cette nature libre, sauvage, indomptée. Chopin nous ramène par moments les pieds sur terre, du côté de l’Angleterre, des salons, des lords, d’un monde plus cadré, plus civilisé, où la liberté semble déjà apprivoisée. Darwin a cette chance rare : observer une nature encore libre, presque intacte, avant que la main de l’homme ne vienne trop largement la modifier.

Dans cette nature-là, les animaux existent, circulent, chantent, se répondent. Ils ne sont pas les égaux de l’homme, mais ils possèdent eux aussi des facultés, des formes d’intelligence, de sensibilité et d’adaptation que l’homme a trop longtemps voulu ignorer. C’est là que le spectacle touche juste. Il oppose sans lourdeur deux manières d’habiter le monde : celle de l’homme, qui observe, classe, nomme, maîtrise ; et celle du vivant, qui se déploie librement, sans demander la permission.

De cette observation naîtra une intuition essentielle : les espèces ne sont pas figées, elles se répondent, se transforment, et pourraient avoir un ancêtre commun. Mais la grande force du spectacle, c’est de transmettre tout cela sans jamais donner l’impression d’assister à un cours. On apprend beaucoup, oui, mais toujours par le jeu, la musique, l’humour et l’étonnement. Les anecdotes deviennent vivantes. La flûte dialogue avec les oiseaux. Chopin enveloppe le voyage. Les images animées prolongent l’imaginaire. Et soudain, la nature semble avoir pris place au théâtre.

À la fin, les artistes rappellent l’importance de parler encore de Darwin aujourd’hui, à une époque où son nom disparaîtrait de certains manuels scolaires. Après un tel voyage, cette précision prend tout son sens. Les Chanteurs d’oiseaux, sur les ailes de Darwin est une balade, oui, mais une balade qui éveille. C’est beau, poétique, instructif, drôle parfois, et profondément vivant. Les Chanteurs d’oiseaux continueront d’ailleurs bientôt leur envol au cinéma : un film annoncé pour 2027 reviendra sur leur parcours unique, leur amitié et leur fascination commune pour les oiseaux. Une preuve de plus que leur art n’a pas fini de nous surprendre.

Notre note
5,0/5
Affiche Les Chanteurs d'Oiseaux - Sur les ailes de Darwin
🎭 Festival OFF 2026 · sur festivaloffavignon.com · Spectacle musical

Les Chanteurs d'Oiseaux - Sur les ailes de Darwin

ENCORE UN TOUR

📍PRÉSENCE PASTEUR — Salle Pasteur
🕘20h15
📅Du 4 juillet au 25 juillet 2026 (19 représentations · relâche les 9, 16, 23)
⏱️1h

« Les Chanteurs d'Oiseaux partent sur les traces du célèbre naturaliste et paléontologue anglais Charles Darwin. »

Distribution
Auteur·ice : Création collective
Jean Boucault - Interprétation Johnny Rasse - Interprétation Lidija Bizjak - Musique Pierre Hamon - Musique Benoît André - Lumière
Voir sur festivaloffavignon.com →
✍️
Critique rédigée par Mathilde Pallon
5 Août 2026 à 18h25

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