Ouverture septembre

Critique Théâtre

Panphobia de Sïna Rougerie, Robin Azéma : notre avis

Panphobia

Ce spectacle traite des violences subies pendant l’enfance. Ses illustrations enfantines brisent la distance habituellement installée autour de la question des violences sexuelles faites aux enfants. Sa mise en scène, composée de couettes et d’oreillers, immerge le public dans son univers rapidement, avant même que le spectacle ne commence, alors qu’elle est déjà en pleine incarnation de son personnage. Les "balles" de lumière, présentes avec elle sur scène, viennent accompagner son jeu et laissent apparaître le doute, la douleur et les moments de suspension ; un choix apprécié au regard de la métaphore d’éclaircissement que prend la conscientisation de cette histoire dans la vie du personnage. À travers la métaphore de la « dermophasie » — cette maladie fictive où le corps se fissure et s’effrite —, la pièce donne une forme physique saisissante aux mécanismes du traumatisme psychologique.

En premier lieu, l’écriture semble encore à travailler. L’incarnation du texte de fond paraît parfois trop littérale pour le public, d’abord au vu du sujet traité, puis sur le plan artistique, laissant peu de place à une exploration captivante de l’espace par la comédienne. À peine entrions-nous dans le récit que nous retombions dans une forme d’autopsie : le désespoir de l’enfant, la description presque exacte de ce qui lui est arrivé et des transitions ne permettant pas encore de lier de manière fluide les épisodes d’horreur racontés. Cela donne la sensation d’une sortie qui semble prématurée au regard de l’étape de production de la pièce.

Au-delà des goûts de chacun et de ce qui relève de l’interprétation, l’incarnation d’un enfant gagne à dépasser un texte trop descriptif, qui ne met pas en valeur ce que révèlent les récits d’inceste. Si certains enfants peuvent expliquer exactement ce qui leur est arrivé, beaucoup d’entre eux, malgré la gêne, perçoivent encore ces actes comme une marque d’affection, la plupart se déroulant au sein même de la famille. Ce manque de détachement poétique se ressent dans la salle et empêche parfois les spectateur·ices d’apprécier le jeu et de se connecter avec la comédienne. Une histoire qui pourrait pourtant nous amener, par nos affects, à nous responsabiliser face aux enfants victimes de violences, particulièrement dans la salle modeste et intime du Théâtre des Lila’s.

En parallèle, certains moments laissent clairement paraître l’enfance et le désespoir : « c’est juste la pluie qui tombe en dedans de moi » ; « les 1 000 morceaux de moi-même s’effondrent sur le sol » par exemple, une phrase qui m’a profondément touché·e. On retrouve également toute la mythologie autour du monde imaginaire où se réfugient les enfants perdus, ou encore certaines métaphores comme celle de l’orange, d’une grande justesse d’écriture. On sent parfois Sïna se précipiter encore sur scène, alors que certains silences plus appuyés nous permettraient de nous connecter davantage à son jeu.

Si le spectacle manque encore de maturé dans sa forme et son rythme, la justesse de certaines métaphores et l’importance du sujet en font une étape prometteuse.

Notre note
2,0/5
Affiche Panphobia
🎭 Festival OFF 2026 · sur festivaloffavignon.com · Théâtre contemporain

Panphobia

Le Tout Petit Chaos

📍LILA'S (THÉÂTRE DES) — Salle Lila Nett
🕘16h00
📅Du 4 juillet au 25 juillet 2026 (19 représentations · relâche les 8, 15, 22)
⏱️1h15

« Avez-vous déjà eu la sensation de tomber en morceaux ? »

Distribution
Auteur·ice : De Sïna Rougerie
Robin Azéma - Mise en scène Sïna Rougerie - Mise en scène Sïna Rougerie - Interprétation
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✍️
Critique rédigée par Sara
5 Août 2026 à 3h13

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