Novecento raconte l’histoire d’un pianiste prodige qui n’a connu qu’un seul foyer : le paquebot Virginian. Né sur l’océan, il grandit entre les vagues, les passagers et les notes de son piano, sans jamais poser le pied à terre. Seul en scène, le spectacle fait entendre son histoire à travers la voix de Tim Tooney, trompettiste du bateau et ami de passage. Un conte musical sur un homme qui, depuis l’espace clos d’un navire, semble pourtant avoir compris le monde mieux que beaucoup d’autres.
Adapté du roman d’Alessandro Baricco, Novecento raconte l’histoire d’un enfant trouvé, devenu pianiste prodige sans jamais avoir posé le pied à terre. Un jour, on retrouve à bord du Virginian un nouveau-né abandonné dans une boîte, posée sur un piano. C’est Danny Boodmann, un ouvrier du bateau, qui le découvre et décide de lui donner son nom. Il y ajoute T. D. Lemon pour la forme, puis Novecento, qui renvoie en italien au XXe siècle, celui des années 1900. Dès lors, l’enfant grandit à bord du navire et n’en descendra jamais. Pas de patrie, pas de famille : seuls le bateau, son équipage et son orchestre comptent pour lui.
Pour donner vie à ce récit, on retrouve sur scène le trompettiste Tim Tooney, interprété par Antoine Bonnin, dans une mise en scène de Kelly Rolfo, qui en assure aussi la régie technique. À deux, ils créent de toutes pièces un univers porté par la musique et la voix. Quelques éléments servent de repères : des voiles tendues, une barre de navigation, des cordes, des boîtes. L’essentiel est là, ensuite place à l’imagination ! On pourra toutefois être surpris par l’absence d’instruments sur scène. Pas de trompette pour Tim Tooney, pas de piano pour Novecento : la musique est bien présente, mais elle arrive par le son, comme une matière invisible. Un choix qui laisse toute la place au récit, même si l’on aurait parfois aimé voir cette musique prendre corps sous nos yeux. Kelly Rolfo a d’ailleurs choisi des morceaux inédits pour accompagner la pièce, avec l’idée de faire entendre une musique qui pourrait être celle de Novecento : une musique jamais entendue ailleurs, née quelque part entre le piano, l’océan et l’imaginaire.
Novecento n’a pas besoin de descendre de son bateau pour connaître le monde. Les voyageurs lui racontent d’où ils viennent, ce qu’ils ont vu, ce qu’ils ont traversé. Et lorsque le jeune homme se retrouve devant son piano, il reconstitue la carte du monde dans sa tête. Alors il voyage, il s’évade. Une scène résume à elle seule cette sensation presque irréelle : en pleine tempête, Tim Tooney et Novecento se retrouvent dans la salle de musique du navire. Le piano glisse sur le parquet, porté par les mouvements de l’océan, tandis que Novecento reste assis sur son banc, les mains posées sur le clavier, comme si la mer déchaînée n’existait pas. Il ne subit pas la tempête, il l’accompagne. Le trompettiste le dit lui-même : « il ne se contente pas de jouer », il « conduit le piano en pleine tempête », comme s’il dansait avec l’océan. Pourquoi descendrait-il du bateau quand il peut aller partout grâce à sa musique ?
Antoine Bonnin porte ce récit avec simplicité et sensibilité. Il n’est pas seulement le narrateur de cette histoire : il devient aussi le gardien de la mémoire de Novecento, celui qui fait exister son souvenir, son mystère et sa légende. Il ne cherche pas à tout montrer, mais à faire naître les images dans l’esprit du spectateur. Peu à peu, le plateau devient navire, la voix devient mémoire, et l’histoire de Novecento prend des allures de conte suspendu entre ciel et mer. On en ressort avec l’impression d’avoir voyagé sans bouger, comme lui, porté par la musique, les mots et cette étrange liberté de ne jamais quitter son monde.
Novecento
Les Retrouvés
« On dit qu’il n’a jamais mis pied à terre. On dit surtout que son piano parlait pour lui. »