Par une mise en scène et un univers sonore électriques, la compagnie DLF nous propose une adaptation spectaculaire d’un des grands romans de Guy de Maupassant. Parvenant à retranscrire toute l’intensité d’un drame familial, la pièce place le spectateur au cœur d’une machine infernale aux rouages fascinants.
« Pierre et Jean » s’inscrit dans l’univers marin havrais. Nous y sommes plongés immédiatement lors de la première scène, qui montre la famille Roland sur un bateau de plaisance.
Aux allures solides, la structure familiale connaît ses premières secousses lorsque Maître Lecanu vient leur annoncer une grande nouvelle. Jean hérite de toute la fortune d’un certain Léon Maréchal, ami de la famille.
Dès lors, les grands thèmes de cette œuvre émergent.
Jaloux, Pierre ne comprend pas ce legs. Il décide d’enquêter et aboutit à une conclusion destructrice : Jean n’est pas son frère biologique.
Nous assistons ainsi à la destruction de la cellule familiale, contaminée par la suspicion, les rancœurs et la haine. La relation entre les deux frères s’atrophie, ce que les comédiens arrivent parfaitement à faire ressortir avec des échanges à la tension croissante.
La musique permet une vraie montée en puissance, les projecteurs rouges en fond de scène imposent un rythme infernal au spectateur qui est bousculé par l’histoire.
Les non-dits, la crédulité du père ou encore la relation mère-fils qui tourne au désastre nous saisissent. L’œuvre est très dérangeante en ce qu’elle condamne ceux qui n’ont rien à se reprocher et semble laisser les remords au placard.
Bien sûr, le choix de laisser sur scène les murs remplis d’inscriptions de la chambre de Pierre plonge le spectateur dans l’enquête. Les indices, exposés à la vue de tous, renforcent cette atmosphère anxiogène.
La mise en scène et la musique se mettent alors véritablement au service de l’histoire. Le roman prend vie et tient toutes ses promesses. Condamnés à vivre avec la vérité, l’éloignement est la seule solution envisageable.
Le montage de planches, qui nous a suivi tout au long de la pièce pour le bateau puis pour les murs de la chambre, se transforme de nouveau en navire. Le seul personnage qui n’a rien à se reprocher s’exile. Le père reste dans l’ignorance.
La morale est difficile à appréhender. Peut-être est-elle que certaines vérités blessent plus qu’elles ne guérissent ou que la famille est un noyau bien plus sensible qu’on ne le croit.
Quoi qu’il en soit, la compagnie a réussi son pari et leur audace mérite d’être saluée.
Chaque choix est pertinent et l’ensemble est conforme à ce que l’on peut attendre d’une telle représentation.
Pierre et Jean
auteur⸱ices
« L'adaptation du roman dans une mise en scène contemporaine, avec un univers musical rock et immersif. »