Nous avons eu la chance d’être invités, pour la représentation de leur nouvelle création, par cette joyeuse compagnie bretonne au Théâtre de l’Oulle. Après les avoir appréciés dans Ubu Roi à l’Espace Roseaux la veille : voir notre critique 2026. Nous n’avons pas été déçus ! Avec férocité et malice, le texte d’Anton Tchekhov est revisité dans une version moderne, transposé dans un laboratoire de volailles, avec une mise en scène à la lumière crue, comme un poulet avant sa découpe. Les comédiens s’en donnent à cœur joie, tranchants à vif les émotions des protagonistes, par la parole et par les lames. Jubilatoirement hilarant !
Ivan Vassilievitch Lomov s’est paré de ses plus beaux atours : il vient demander la main de Natalia Stepanovna. Avec costume et noeud-papillon, sous une belle fourrure et chapka sur la tête, il est accueilli comme un fils par Stepan Stepanovitch Tchouboukov, le père de Stepanovna, qui espérait leur union depuis longtemps. Tout est parfait jusqu’à la confrontation avec elle, car sa demande en mariage va être contrariée au dernier moment. Arrivera-t-il à lui clamer son amour ?
Sous l’apostolat d’un évènement qui devait être heureux, l’auteur met en relief l’impossibilité de se maîtriser, en rendant un cauchemar à ce qui devait être une minute de bonheur dans leurs vies. La mise en scène originale de Valéry Forestier apporte une autre dimension à ce classique russe, en ajoutant beaucoup d’hémoglobine dans l’environnement blanc et aseptisé du laboratoire à poulets. Devenant hallucinatoire avec les deux gros poulets qui se battent en fin de spectacle !
Le texte impeccablement rendu par les trois comédiens, avec Benjamin Bernard parfait en propriétaire terrien heureux de venir faire sa déclaration, avant de finir torturé, Sabrina Amengual formidable en Stepanovna hystérique et malheureuse après coup, après coups donnés devrait-on dire, enfin Jean Pierre Artur excellent en père débonnaire ne pouvant trancher entre poulets, gendre et fille, avec tic de langage "et tout et tout".
Une seule mise en garde pour le premier rang, le sang peut gicler jusqu’à nos pieds, sinon tout public sera enchanté de suivre les protagonistes jusqu’au dénouement de ce huis clos à pleurer de rire.
La demande en mariage
LA FACTORY Fabique d'Art Vivant
« Petite farce sur la violence d'une société civilisée. »