La compagnie pépite d’Avignon Déraïdenz nous a réservé cette année encore un spectacle digne de ce nom : Le Dernier Jour de Pierre. Le spectacle, joué au théâtre du Train Bleu, nous plonge dans un décor hors du temps accompagné par les marionnettistes et la régie. La mise en scène sans texte nous plonge en immersion dans l’univers de la compagnie Déraïdenz et de son esthétique. Les personnages nous font traverser une histoire assez banale au premier abord, d’un certain "Pierre" en voyage.
Le choix du non verbal est connu de la troupe et de ses différents spectacles. Toujours pour permettre une expérience sensorielle intime et intense au public, ils souhaitent apprivoiser l’émotion par l’esthétique et la mise en scène, qui parfois nous réserve son lot de rires par les sons créés par leurs soins par exemple, comme une sorte de caricature à La Linea, série animée italienne dans années mille neuf cent soixante-dix. Il traverse les villages, les marchés, la fête et les petits chats qu’il croise sur son chemin.
On navigue dans ce nouvel univers, au début quelque peu déboussolé, puis agréablement surpris de s’y sentir bien, tout ça dans une esthétique d’une autre époque et à la minutie visuelle extraordinaire. On est accompagné d’une musique enfantine remplie de joie ; les marionnettes de bois animées dans un décor d’une précision merveilleuse qu’on observe grâce à nos jumelles, prêtées en début de pièce. L’immersion complète qui nous est proposée en tant que spectateur rend cette histoire de prime abord simpliste, in fine très plaisante à regarder.
Entre ces moments de découverte et de calme, le jeu est bousculé d’incidents dramatiques teintés de désespoir, autant dans l’esthétique surréaliste qu’on retrouve sur scène que dans le choix des sons qui l’accompagnent. Un choix artistique particulièrement intéressant en vue des coupures nettes, ces "brèches noires", entre la légèreté enfantine d’un côté et l’esthétique sombre et horrifique du personnage de Pierre. Et c’est pas faute d’être bousculé !
Le pari de la compagnie d’apprivoiser le mystère avec distance esthétique est une réussite. On se plonge dans l’histoire, on se sent entièrement pris par les banalités touchantes du personnage, tout comme le vacarme de son désespoir une fois face à lui-même.
Une troupe merveilleuse à retrouver toute l’année à Avignon et qui n’a pas fini de vous surprendre !
Le Dernier Jour de Pierre
DERAIDENZ
« Fresque envoûtante, cinématographique et surréaliste du désespoir, ponctuée de brèches noires horrifiques. »