Ouverture septembre

Critique Théâtre

La théorie des fragments de Matthieu Loos : notre avis

La théorie des fragments

À travers le principe de "fragments", les metteurs en scène s’interrogent sur le sens de la subjectivité dans l’histoire d’une région. "On façonne nos fragments", et ce, à l’image de nos histoires racontées et vécues. Et c’est tout le propos de la pièce ici : l’Alsace devient nazie, et la culture de la région suit de même. Au sein de la mise en scène, on est invité à prendre part à une discussion informelle au plus profond de l’histoire familiale de Matthieu Loos, co-auteur au plateau. Les scènes épurées, l’entrecroisement fluide des récits et personnages, ainsi que l’intimité proposée aux spectateurs nous permettent de rentrer dans l’histoire sans difficulté malgré le tabou évident de la France sous l’occupation.

On revient sur l’intimité facile avec sa grand-mère, la relation fusionnelle qu’elle vit avec son frère Charles, le personnage central de l’histoire qui devient militaire de l’armée nazie. Entrecroisant les secrets d’histoire (la famille reçoit son certificat de décès trois ans en retard) et le quotidien de son grand-oncle (moustache, brassard orné d’une croix gammée, cris Heil Hitler à chaque cours), on nous montre comment une partie de cette vie finit par rentrer dans la banalité, comme Charles le dit à son petit-neveu, "c’était comme ça". L’héritage que certains qualifieraient de maudit, mais beaucoup surtout moralement insupportable et donc inconcevable, incarne la difficulté que nous avons à nous mettre face à notre histoire, celle de la France Pétainiste, transposable à la France colonisatrice que nous connaissons encore aujourd’hui via différentes formes. On nous parle d’un grand-oncle "enrôlé de force" alors même qu’il raconte avec une forme importante de banalité ses habitudes ancrées dans la culture nazie et ses archives le montrant comme "un homme souriant en uniforme nazi". On comprend alors la complaisance dont il faut faire preuve et que peu peuvent prétendre se dire de famille "résistante" à l’heure où les mots perdent en sens.

À la question de la fierté nationale et des frontières entre la vie du début des années quarante en Alsace et celle de la France Gaulliste, on ne nous donne pas d’indication franche mais plutôt des axes de réflexion.

Dans l’histoire, on remarque particulièrement le jeu de "Marc", ami du narrateur et incarnant Wagner, dont le jeu est brillant.

Certains endroits essentiels semblent encore un peu flous malgré sa mise en scène fluide et captivante. L’idée même du fragment qui s’illustre en théorème m’a été difficile à concevoir, comme un des commandements le précise d’être "un moment, un bout d’histoire, et ce en étant dans la matière sans être défini dans l’espace ou le temps". Le principe même de fragment devient alors trop abstrait pour rentrer dans la perception du metteur en scène, inspiré de son propre livre du même nom. Enfin, on reconnaitra la pertinence et l’humilité dont fait preuve l’auteur alors que nous devons nous mettre face à notre propre histoire pour faire corps.

Affiche la théorie des fragments
🎭 Festival OFF 2026 · sur festivaloffavignon.com · Théâtre contemporain

la théorie des fragments

Combats Absurdes

📍TRAIN BLEU (THÉÂTRE DU) — trajets en navette compris / Salle Étoile - MAIF Avignon
🕘15h55
📅Du 4 juillet au 23 juillet 2026 (17 représentations · relâche les 5, 12, 19)
⏱️2h05

« Alsace, 1944 : "T'inquiète pas, c'est complexe !" »

Distribution
Auteur·ice : De Matthieu Loos
Arthur Fourcade - Mise en scène Matthieu Loos - Mise en scène Julie Doyelle - Interprétation Mats Karlsson - Interprétation Matthieu Loos - Interprétation Philippe Rasse - Interprétation Marc Schweyer - Interprétation Mikaël Gorce - Régie générale
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Critique rédigée par Sara
22 Juillet 2026 à 8h33

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