Avec Joël, œuvre rare et confidentielle de Bernard Mazeas, deux jeunes comédiens fraîchement sortis du Conservatoire, Alicia Notteau-Delaigue et Xavier Bigot-Callandret, relèvent un défi de taille. En choisissant de monter un texte presque oublié, ils font le pari de l’audace et de la découverte plutôt que celui de la facilité. Entre théâtre de l’absurde, quête de visibilité, désir d’amour et frontières sans cesse brouillées entre fiction et réalité, ils redonnent vie à une œuvre singulière qui n’a rien perdu de sa résonance. Évoquant par instants l’univers d’Eugène Ionesco, Joël invite le spectateur à s’interroger sur les apparences, les relations humaines et la difficulté de trouver sa place dans une société où chacun cherche à exister.
Pour les amoureux d’Eugène Ionesco, Joël de Bernard Mazeas est une véritable curiosité. On y retrouve cette mécanique de l’absurde où la logique se dérobe sans cesse, où les certitudes vacillent et où le spectateur est entraîné dans un univers où la frontière entre le réel et l’imaginaire devient de plus en plus poreuse. Les situations s’enchaînent avec une apparente évidence avant de basculer dans l’inattendu, laissant planer un doute permanent : assiste-t-on à la réalité, à une fiction inventée par les personnages ou à une projection de leurs désirs et de leurs angoisses ?
Choisir une œuvre aussi rare et confidentielle constitue un pari audacieux. C’est pourtant le défi relevé par Alicia Notteau-Delaigue et Xavier Bigot-Callandret, deux jeunes comédiens récemment diplômés du Conservatoire. Plutôt que de s’appuyer sur un classique largement joué, ils font le choix d’explorer un texte presque oublié, sans repères critiques ni tradition d’interprétation sur lesquels s’appuyer. Une prise de risque artistique qui témoigne d’une véritable envie de découverte.
Sous des dehors de comédie, Joël aborde des thèmes profondément actuels. La pièce interroge la place d’une femme dans le monde du travail, sa quête de reconnaissance, son besoin d’exister dans le regard des autres. Elle explore également la recherche de l’amour, un amour qui semble parfois insaisissable, au point d’être rêvé, imaginé, voire inventé. Les personnages construisent leur propre réalité, brouillant constamment les pistes entre ce qui est vécu et ce qui est fantasmé.
C’est précisément dans cette ambiguïté que réside la richesse de l’œuvre. Comme chez Ionesco, le rire naît souvent de l’incongruité, mais il laisse rapidement place à une réflexion plus profonde sur la solitude, le désir d’être vu, reconnu et aimé. Le spectateur oscille entre amusement et interrogation, jusqu’à se perdre lui-même dans ce jeu subtil entre fiction, réalité et absurdité.
Sur scène, Alicia Notteau-Delaigue et Xavier Bigot-Callandret défendent cette œuvre singulière avec une belle générosité. Leur enthousiasme communicatif, leur complicité et leur plaisir de jouer donnent vie à l’univers insolite imaginé par Bernard Mazeas. Ils s’emparent avec conviction de cette partition exigeante et entraînent le public dans un voyage où l’absurde côtoie la poésie, laissant toute sa place à l’imaginaire et à l’émotion.
En remettant aujourd’hui Joël sur scène, Alicia Notteau-Delaigue et Xavier Bigot-Callandret ne se contentent pas de faire revivre une œuvre méconnue de Bernard Mazeas ; ils rappellent aussi que le théâtre de l’absurde conserve toute sa force. Derrière l’humour, les situations déconcertantes et les apparences, il continue de nous interroger sur notre besoin d’exister, d’être aimé et de trouver notre place dans le regard des autres.
Joël
Fenêtres Sur Cour Productions
« Et si la seule façon d’être aimé...c’était d’inventer l’amour ? »