Ouverture septembre

Critique Théâtre

« Hernani » façon Édouard Dossetto : la fureur romantique ressuscitée

Hernani

En s’emparant d’« Hernani », le chef-d’œuvre de Victor Hugo, le metteur en scène Édouard Dossetto réalise un coup d’éclat. En transposant cette tragédie de l’honneur dans un univers esthétique sombre, proche de la célèbre série britannique Peaky Blinders, il insuffle un vent de jeunesse et de révolte sur un texte classique. Une relecture électrique qui retrouve la force transgressive de la création historique de 1830.

Le rideau se lève sur une friction temporelle immédiate. Un homme s’introduit chez Dona Sol, se cache dans une armoire, suivi par l’arrivée de la jeune noble puis de son amant secret, le proscrit Hernani. Mais à quelle époque sommes-nous réellement ? Le plateau brouille volontairement les pistes. Les costumes contemporains et les casques de moto côtoient un mobilier du dix-neuvième siècle, tandis que les comédiens s’emparent des alexandrins classiques d’une langue théâtrale inchangée.

Cette collision d’anachronismes, loin d’être un simple artifice visuel, s’impose comme une éclatante fidélité à l’esprit de Victor Hugo. L’auteur français, grand admirateur de Shakespeare, fut le premier à briser les codes de la tragédie classique en y injectant du grotesque, de l’humour noir et une liberté de ton qui firent scandale. En introduisant des interphones et des snipers au milieu de ce drame romantique, Édouard Dossetto recrée pour le public d’aujourd’hui ce sentiment de rupture et de surprise qui caractérisait ce chef d’oeuvre.

Trois hommes, une femme et le culte de l’honneur

L’intrigue déploie un redoutable affrontement amoureux et politique. Trois hommes se disputent les faveurs de la noble Dona Sol, interprétée avec une grande présence par Marie Benati. Il y a son vieil oncle, le Duc de Silva, bien décidé à épouser sa nièce malgré une situation qui peut sembler particulièrement cocasse ou archaïque à nos yeux modernes. Il y a le jeune Roi Don Carlos, monarque au grand appétit politique et charnel, déterminé à conquérir celle qui lui résiste. Et enfin il y a Hernani, le roi des bandits, incarné avec une fureur contenue par Édouard Dossetto (le jour de la représentation), en alternance avec Alex Dey.

Pour ce paria dont le père a été exécuté sur ordre royal, l’amour se double d’une soif de vengeance implacable. Les amateurs de belles formules savoureront la force des répliques hugoliennes, portées par une distribution d’une grande rigueur :

« La vengeance est boiteuse, elle vient à pas lents. »

Le conflit amoureux se transforme rapidement en une tragédie politique d’envergure. L’action s’élance d’Espagne pour rejoindre les tombeaux d’Aix-la-Chapelle, au cœur du Saint-Empire, où Don Carlos brigue le trône impérial. Dans cet univers dominé par les jeux de pouvoir et l’autorité spirituelle, les ambitions personnelles s’effacent devant un principe supérieur : le respect absolu du serment et de la parole donnée.

Une tension shakespearienne maîtrisée

La réussite de ce spectacle repose sur le jeu d’équilibriste de sa troupe. Malgré la complexité d’interpréter un texte en vers dans un décor moderne, la distribution maintient la tension dramatique. La mise en scène ose le mélange des genres, glissant de la bagarre physique à l’humour noir au sein même des scènes les plus sombres.

Si l’accumulation d’anachronismes technologiques peut parfois surprendre, elle finit par servir la noirceur de cette histoire d’amour contrariée, qui évoque la trajectoire tragique de Roméo et Juliette. Le dénouement, où le piège de la parole donnée et de l’honneur se referme inexorablement sur les amants, laisse le spectateur réaliser la puissance intacte de ce classique. Édouard Dossetto signe là une mise en scène inspirée et idéale pour redécouvrir l’énergie du romantisme.

Affiche HERNANI
🎭 Le spectacle · Théâtre

HERNANI

📍LUNA Théâtre
🕘20:45
📅Du 4 juil. au 25 juil. (19 représentations)
⏱️1h20
👥Tout public
Voir la fiche spectacle →
✍️
Critique rédigée par Jérôme Chaudier
17 Juillet 2026 à 10h20

Partager