Écrit par le philosophe Vincent Cespedes à la suite de résidences de territoire dans les Hauts-de-France, le spectacle « #flashman » s’empare du fléau du harcèlement scolaire. Sous la direction d’Anne-Sophie Pathé, cette pièce utilise les codes de la caricature et de l’expression corporelle pour libérer la parole des adolescents. Une proposition d’utilité publique, indispensable pour le milieu scolaire.
Le point de départ s’ancre dans l’enfer invisible des réseaux sociaux. Depuis son smartphone, un mystérieux meneur nommé Flashman orchestre le harcèlement méthodique d’Abel, un jeune collégien. Entre insultes racistes, humiliations physiques et pressions psychologiques, la violence se propage d’un écran à l’autre en toute impunité.
Conçue sur commande pour répondre aux problématiques concrètes rencontrées sur le terrain, la pièce adopte un format volontairement court. Ce choix technique permet au spectacle de s’exporter facilement hors des théâtres traditionnels pour être joué directement au cœur des collèges, là où se nouent et se dénouent les drames de l’adolescence.
La mécanique de la répétition et de l’isolement
Sur scène, la mise en scène d’Anne-Sophie Pathé s’appuie sur une stylisation outrée des comportements. Pour figurer l’indifférence et l’incompréhension des adultes face à cette violence numérique, les personnages physiques sont poussés jusqu’à la caricature. L’actrice incarnant la mère passe son temps à sauter sur place et à tourner en rond, métaphore physique d’un parent hors sol, prisonnier de ses propres difficultés et incapable de percevoir la détresse de son enfant.
Ce mouvement circulaire symbolise également l’engrenage du harcèlement, cette boucle répétitive et sans fin qui enferme la victime dans un traumatisme permanent. À ses côtés, la directrice d’établissement apparaît totalement déconnectée des réalités technologiques de ses élèves. La pièce met ainsi en lumière la fracture numérique générationnelle : des parents et des éducateurs dépassés, ignorant tout des codes, des applications et de la violence sourde qui s’échange sous leurs yeux sur les téléphones portables. Cette impuissance collective se retrouve résumée par une réplique cinglante :
« La haine du monde, c’est à la mode. »
Un excellent support pédagogique aux limites artistiques
Le choix d’interpréter des personnages outrancièrement caricaturaux, si l’on pense à la directrice perchée / la mère qui plane, risque de distancer une partie du public adulte. En simplifiant à l’extrême les traits des protagonistes pour capter l’attention d’un jeune public, le spectacle perd parfois en subtilité et en épaisseur dramatique.
Néanmoins, l’objectif principal de « #flashman » est pleinement atteint. En retraçant l’impact du harcèlement sur trois générations et en insistant sur la nécessité absolue de demander de l’aide, le spectacle offre une clé de compréhension indispensable pour les adolescents. Un outil thérapeutique et préventif de premier ordre pour ouvrir le débat dans les salles de classe, à l’heure où la sensibilisation aux dérives numériques est devenue une urgence absolue.
#flashman
F. Grand Large
« Une enquête sur l’identité de Flashman qui orchestre, depuis son téléphone, le harcèlement d’Abel au collège. »