Succès mérité du festival 2025, Paolo Crocco revient jouer ce magnifique rôle de Ildebrando Biribo, amoureux de la langue française et souffleur de la première de Cyrano de Bergerac. Je vous propose de relire l’article de l’année dernière par Jérôme pour le synopsis ou les détails de la mise en scène : tout est parfaitement expliqué. De mon côté dans cette critique, je vous exposerai les raisons qui font un beau spectacle de théâtre, car celui-ci coche toutes les cases et doit être vu en bonne connaissance de causes. Les autres suivront les yeux fermés, en confiance dès la vue de son affiche.
Yves, avis 2026:
Les amoureux du théâtre seront comblés en sortant de ce spectacle, seul en scène mais jouant à la fois le rôle principal et les interlocuteurs qu’il rencontre en une simple volte face, comme l’auteur de la pièce, les comédiens jouant Cyrano ou Hamlet, ou bien lui même en racontant son enfance. C’est à la fois le jeu d’acteur et les belles citations, mais aussi la Commedia dell’arte ou la clownerie d’un mime Marceau. Toujours avec une infinie tendresse pour chacun.
Le texte bien sûr, si important pour le souffleur, une écriture d’une grande finesse, où il ne manque ni une virgule ni un point. Les quelques involontaires balbutiements du comédien sont également la preuve de son humanité et le public toujours prêt à l’aider. Dès le début en s’adressant à nous, il nous rassemble face à son destin.
Le décor d’une simple malle et d’un sablier est judicieux, pour son apparition comme pour son départ, le costume rapiécé d’un homme caché dans son trou adéquat à sa situation, rien à redire. La lumière gérée en coulisse ou maniée par l’artiste est appropriée en tout point et à tout moment. Tout cela ajouté à ses déplacements durant les différents tableaux font une parfaite mise en scène.
Un travail remarquable.
Enfin l’histoire d’une grande beauté, tant dans les raisons de son choix de vie que son trépas annoncé, qui sera expliqué avec poésie et justifié par amour de l’art qu’il représente.
Soufflez à l’oreille de chacun : à voir absolument en Avignon !
Avis Jerome 2025
Le soir de la première triomphale de Cyrano de Bergerac, le 28 décembre 1897, une tragédie se jouait en coulisses : le souffleur, Ildebrando Biribò, était retrouvé mort. Paolo Crocco le ramène à la vie pour notre plus grand plaisir. Avec Le Souffleur, c’est une figure de l’ombre qui émerge enfin à la lumière. Cloîtré dans sa malle comme dans les coulisses d’une vie oubliée, ce personnage discret prend la parole pour la première (et peut-être dernière) fois. Dans ce seul en scène touchant et facétieux, entre art du clown, confidences nostalgiques et humour tendre, le comédien fait revivre la trajectoire d’un homme invisible du théâtre. Un spectacle d’une grande délicatesse, porté par une interprétation tout en nuance et une mise en scène précise. À la fois hommage au théâtre et déclaration d’amour à ceux qui le font vivre dans l’ombre.
Il émerge d’une malle, tel un fantôme du théâtre, poussiéreux mais vivant. Le Souffleur commence là où la plupart des vies scéniques s’achèvent : dans l’ombre. Mais pour une fois, c’est cette ombre qui devient lumière. Avec un humour discret et une sincérité désarmante, ce seul en scène rend justice à une figure oubliée, à ce « souffleur » dont la voix, d’ordinaire inaudible, prend ici toute la place.
Paolo Crocco, formidable de présence, occupe l’espace. D’un geste à l’autre, d’un souvenir à un éclat de rire, il déroule le fil d’une vie modeste mais passionnée : celle d’un homme venu à Paris avec des rêves plein les poches, qui trouva dans les coulisses une famille de fortune et un métier de l’ombre. Le spectacle navigue avec aisance entre récit autobiographique fictif, art du clown, et théâtre de la mémoire.
On rit souvent, parfois avec tendresse, parfois d’un rire un peu mélancolique. Car Le Souffleur, sous ses allures légères, est un travail d’orfèvre sur la mémoire, le silence, et la trace que laisse une vie discrète. La mise en scène, minimaliste et élégante, soutient cette narration intimiste sans jamais la trahir.
C’est une petite pépite, précieuse, humble et profondément humaine. Un hommage bouleversant et émouvant à ceux que le théâtre oublie trop souvent : les artisans de l’ombre, les gardiens des mots.
Le Souffleur
Compagnia Dell'edulis
« Il fut celui qui souffle et qu’on oublie… »