C’est un Sacre qui n’en est pas un, Taïwan réinvente l’œuvre et questionne le rapport de sa danse à l’Occident. Le chorégraphe taïwanais Huai Te Huang nous invite, à travers ce répertoire de Pina Bausch, aujourd’hui considéré comme un grand classique à questionner le "grand".
Le Sacre du printemps par Dashing Theater (créé en 2019 par Huai Te Huang) n’est pas le Sacre de Pina Bausch. C’est Taïwan qui réinvente l’œuvre et questionne le rapport de sa danse à l’Occident, en passant par l’Asie.
Le chorégraphe taïwanais nous invite, à travers ce répertoire de Pina Bausch, aujourd’hui considéré comme un grand classique à questionner le "grand".
Dans cette nouvelle proposition, il n’a pas peur de revisiter le répertoire de cette grande figure de la danse contemporaine et vient questionner le rapport que nous entretenons avec les danses, et surtout celles que nous voyons. Que connaît-on de la danse taïwanaise ? Pas grand-chose. Pourtant, eux possèdent une grande connaissance de notre culture chorégraphique.
Au début, le chorégraphe monte sur scène et prononce des phrases très simples, comme : « Je sais danser la danse chinoise, mais je ne suis jamais allé en Chine. » Il décline ensuite cette phrase avec trois autres nationalités, mongole, tibétaine, puis avec la danse contemporaine et la danse classique. Ces deux dernières représentent l’Occident.
Les costumes sont d’une beauté exceptionnelle et nous offrent une petite fenêtre sur le folklore de la Mongolie, du Tibet et de la Chine. Pourtant, tout ce patrimoine chorégraphique ne fait pas partie de la culture du chorégraphe, alors même qu’il le connaît très bien et qu’il sait danser toutes ces danses. Pourquoi ? Tout simplement parce que ce sont celles qui sont enseignées dans les écoles à Taïwan. Ce qu’on leur apprend n’est pas ce qui leur appartient. Dans cette création revient alors une question essentielle : qu’est-ce qui leur appartient réellement ? Est-ce que ce qui n’est pas le leur, mais qui leur a été inculqué, finit par faire partie d’eux ?
Puisque la précision du geste est sans faille, chaque danseur déploie toute sa technique sur scène et livre une performance à la hauteur de nos attentes.
C’est une création qui questionne la mouvance des arts et des cultures, ainsi que le devoir d’adaptation d’une culture minorée face aux cultures prédominantes. C’est un Sacre du printemps infusé par l’Asie, où l’on cherche désespérément Taïwan sans jamais le trouver. Cette proposition met le doigt sur l’effacement culturel et montre qu’une culture dite minorée peut atteindre un niveau d’exigence extraordinaire, tout en portant une réflexion qui mérite d’être vue et entendue.
Le Sacre du printemps
DASHING THEATER
« Corps taïwanais : une archive vivante qui s'en libère pour sa souveraineté. »