Ouverture septembre

Critique Théâtre

En Périphérie de Sacha Ouspensky : notre avis

En Périphérie

S’inspirant de son propre vécu sans pour autant signer une autobiographie linéaire, l’auteur Sacha Ouspensky livre avec « En Périphérie » une œuvre coup de poing sur la reconstruction physique et psychologique. Dirigé par le metteur en scène Guilherme Conde, ce spectacle affronte un sujet d’une immense dureté avec une arme redoutable : un humour ravageur soutenu par le rythme du rap.

Le point de départ est d’une brutalité sans fard. Le 4 mai 2023, le destin de Lucien, 22 ans, bascule sur l’asphalte froid du périphérique parisien. Victime d’un violent accident de moto, grièvement blessé à l’entrejambe, il se réveille après une opération d’urgence pour découvrir que son corps est mutilé. Face à cette nouvelle réalité anatomique et psychologique, le jeune homme doit tout réapprendre : se regarder, s’accepter et redéfinir son identité d’homme.

Le spectacle s’ouvre sur un corps au sol, la police régulant la circulation dans la salle, traduisant la difficulté d’organiser les secours dans l’urgence périphérique. Puis, dans un rythme effréné, la pièce nous propulse de la route à la chambre d’hôpital, traversant la froideur mécanique du bloc opératoire et les limbes d’un délire morphinique oscillant entre rêve et cauchemar.

Une écriture thérapeutique face aux dérives de l’entourage

L’écriture de Sacha Ouspensky choisit d’éclairer la tragédie par le rire. Cet équilibre se déploie notamment à travers le portrait d’une famille dysfonctionnelle et hallucinante. Face à l’accident, les parents divorcés brillent par leur lâcheté et leur incapacité à soutenir leur fils. Le père est prisonnier de schémas patriarcaux toxiques tandis que la mère ne sait pas quoi faire.

La violence de ces confrontations familiales révèle des blessures plus anciennes et des rancœurs tenaces, éclatant lors de répliques désespérées sur l’impossibilité de s’aimer ou de maintenir le couple parental face au drame. Face à cet abandon affectif et à la fatigue palpable du personnel soignant, un jeune interne maladroit apporte des respirations comiques bienvenues, permettant au public de respirer face à la dureté de la situation.

Le rap comme ultime souffle de vie

Pour extérioriser la rage sourde de Lucien, incapable de regarder les autres et hanté par la perte de son autonomie intime, la mise en scène de Guilherme Conde fait un choix esthétique intéressant. Les comédiennes de la troupe livrent des séquences de rap incisives. Ce flow urbain devient le battement de cœur du protagoniste, un cri viscéral pour hurler la honte, la colère, mais aussi le mal-être.

Porté par une distribution engagée (Shanez Buser, William Engelmann, Anne Fumeaux, Mathilde Martinole et Sacha Ouspensky lui-même), « En Périphérie » évite tous les pièges du voyeurisme. La pièce maintient sa tension dramatique jusqu’à ses dernières secondes, confrontant le spectateur à la solitude extrême d’un homme face à l’impossible reconstruction de son intimité. Sans jamais chercher à donner de leçon ni à désigner de coupable idéal, ce spectacle s’attache simplement à exposer une réalité brute, complexe et profondément humaine. Une pièce nécessaire qui ose exposer un traumatisme intime, sans fard ni jugement.

Affiche En Périphérie
🎭 Festival OFF 2026 · sur festivaloffavignon.com · Théâtre contemporain

En Périphérie

Cie sans rendez-vous

📍CADENCIA (LE) — Salle principale
🕘22h00
📅Du 4 juillet au 25 juillet 2026 (19 représentations · relâche les 8, 15, 22)
⏱️1h05

« On dit toujours qu’on a eu de la chance après un accident. Et si, cette fois, le pire arrivait vraiment ? »

Distribution
Auteur·ice : De Sacha Ouspensky
Guilherme Conde - Mise en scène Shanez Buser - Interprétation William Engelmann - Interprétation Anne Fumeaux - Interprétation Mathilde Martinole - Interprétation Sacha Ouspensky - Interprétation
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Critique rédigée par Jérôme Chaudier
16 Juillet 2026 à 13h08

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