Ouverture septembre

Critique Spectacle

Lost in Vatican de Lilas Roy, Alice Etienne : notre avis

Lost in Vatican

Entre satire, irrévérence et engagement, Lost in Vatican s’empare des symboles du Vatican pour construire une fantaisie théâtrale décalée. Si son humour burlesque et son parti pris très affirmé ne convaincront pas tous les spectateurs, le spectacle trouve une résonance particulière lorsqu’il évoque, par une voix off, l’histoire des Sœurs de la Perpétuelle Indulgence. Un rappel bienvenu du rôle majeur qu’elles ont joué dans la lutte contre le sida et l’accompagnement des personnes touchées par l’épidémie, donnant à cette proposition une dimension historique et militante qui dépasse la seule comédie.

Avec Lost in Vatican, la compagnie propose une satire qui détourne les codes du Vatican et de la religion catholique à travers une succession de situations improbables. L’écriture assume pleinement son goût pour le burlesque et l’absurde, dans une mise en scène qui privilégie le rythme et l’enchaînement des tableaux.

La voix off constitue sans doute l’un des fils conducteurs les plus marquants de la représentation. En retraçant l’histoire des Sœurs de la Perpétuelle Indulgence et leur engagement auprès des personnes touchées par le sida, elle apporte un éclairage historique qui donne une profondeur inattendue à cette proposition théâtrale. Cette évocation rappelle qu’au-delà de la provocation et de l’humour, le spectacle s’inscrit aussi dans une mémoire militante.

Sur scène, l’ensemble fait le choix d’un humour de situation et d’un jeu résolument décalé. Ce parti pris, très affirmé, ne produit pas toujours le même effet selon les séquences et pourra laisser une partie du public à distance. Les spectateurs sensibles à cet univers irrévérencieux et à cette forme de théâtre y trouveront néanmoins une proposition très originale, qui revendique sa liberté de ton et son identité sans chercher à faire consensus.

Avis de Sara

Dès le début de la pièce, on est emportés dans les histoires saugrenues des deux sœurs (qu’on rencontrera plus tard comme membres de La Perpétuelle Indulgence), qui vont à la rencontre de Christine à un moment de bascule dans sa vie. Depuis la mort de sa mère supérieure, elle perd un peu de sa foi et vit un début de dépression. Une équipe organisée se déploie alors, prétendant être des leurs avant de lui proposer une aventure et de dévoiler leur identité.

Les personnages sont habillés en drag, une croix catholique illuminée nous accompagne dans le récit et les intentions divines au sein de la communauté queer nous apprennent à faire coexister l’indulgence et l’amour entre les croyances en faisant un dos-à-dos puissant comme celui de la mort de sa mère supérieure et celle d’un ami mort du sida présenté comme gay. En parallèle, on assiste à une interview avec un ancien membre de La Perpétuelle Indulgence qui nous raconte l’histoire du mouvement et ses racines profondément ancrées dans les questions de la réduction des risques, l’investissement politique de la communauté autour de la question du deuil ou de leur présence autour de la question à la police. La mise en abyme se joue à ce moment-là, pendant que le personnage nous présente le thème comme un sujet majeur de la pièce qui est discuté.

À travers des interactions vives avec le public, oscillant entre catholicisme et références queer, Lost In Vatican prends le pied de l’humour pour aborder la période d’exclusion qu’a vécu la communauté gay pendant la période d’épidémie du sida, dans cette histoire au milieu des années 80. Plus encore, l’investissement d’une forme de "folklore" au sein même de la communauté queer est initialement impulsée d’un besoin de joie profonde aux heures sombres d’une communauté endeuillée bien des fois. Le mouvement international des Sœurs de la Perpétuelle Indulgence investit la question de la foi comme d’un signe permettant de s’investir sur la prévention du VIH et du Sida à un large public et d’un soutien financier aux malades, entre autres choses.

On navigue entre les vagues des perceptions, du vécus et des stéréotypes de chacun, avec un humour parfois vache qui permet à tout de prendre la question à bras-le-corps sans se cacher les yeux où trop s’interroger sur des questions morales. On nous lègue des moments d’intimité profonde entre les personnages de la communauté queer et nous fait traverser parfois les difficultés et tristesse des personnages de nature et de nécessité enjouée.

« Une sœur, c’est un personnage d’amour avant tout. »

Affiche Lost In Vatican
🎭 Festival OFF 2026 · sur festivaloffavignon.com · Théâtre contemporain

Lost In Vatican

auteur⸱ices

📍MANUFACTURE (LA) — Manufacture L'Extra
🕘13h25
📅Du 4 juillet au 21 juillet 2026 (16 représentations · relâche les 9, 16)
⏱️1h20

« Christine a trois jours pour choisir son Église : le Vatican ou le Marais - Dieu ou ses pécheurs ? »

Distribution
Alice Etienne - Mise en scène Clarisse Chatillon - Interprétation Alice Etienne - Interprétation Amélie Husson - Interprétation Martin Nadal - Interprétation Jeanne Ros - Interprétation Lilas Roy - Texte Mona Marzaq - Création lumière Anna Rohmer - Création son
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Critique rédigée par Thierry
10 Juillet 2026 à 8h24

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